Paul Delvaux

Les peintures de Delvaux sont principalement devenues célèbres pour leur mise en scène de plusieurs femmes dénudées qui regardent fixement, comme hypnotisées, gesticulant mystérieusement, parfois inclinées de manière incongrue dans une gare ou se baladant au milieu de bâtiments classiques. Elles peuvent être accompagnées de squelettes, d’hommes aux chapeaux melons, ou de scientifiques fous tout droit sortis des romans de Jules Verne. Delvaux répètera des variations de ces thèmes tout au long de sa vie. Il évoque un monde classique qui, en fait, n’a jamais existé. En assimilant plusieurs sortes d’images, l’objectif de Delvaux est de produire un « choc poétique » en plaçant des choses hétérogènes mais réelles ensemble de manière inattendue. Toutefois, malgré ses fortes associations avec le surréalisme, Delvaux se voit lui-même comme étant un descendant de la tradition des anciens peintres flamands tels que Jan Van Eyck ou Hans Memling.

Bien que le sens exact de ses allégories reste ambigu, tous les travaux de Delvaux semblent toucher des thèmes tels que l’amour ou la fantaisie érotique.

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Femme à la lampe

Avec La Femme à la Lampe, Paul Delvaux choisit un univers plus intimiste pour représenter l’une de ses célèbres femmes. Cette fois-ci, il décide de la plonger dans une grande solitude. Ses grands yeux ne fixent rien en particulier, comme si elle était perdue en elle, sous hypnose. Il émane d’elle une sorte de beauté froide. Elle est fermée, retirée, insondable, secrète et mystérieuse. Elle semble retenir une énigme qui soulève de nombreuses questions mais sans chercher vraiment de réponses ; en réalité, l’artiste lui-même ne veut pas la déchiffrer. Elle est calme et distante, silencieuse, en dehors du continuum espace-temps. Elle est mystique, de la mythologie obsessive de Delvaux, elle est donc en suspension du temps et de l’espace. Avec sa peau diaphane, la femme ressemble à une sculpture de marbre blanc. A demi-nue, un érotisme étrange émane d’elle. Mais est ce que ses seins généreux (sans tétons) et la chaleur qui devrait provenir de la lampe à huile ainsi que le confortable intérieur bourgeois ne sont-ils pas une référence au monde maternel ?
Son regard flou et son bras, arrêté dans un geste rhétorique, rappellent les portraits des dames issues des poèmes ou peintures maniéristes du XVIe siècle, tels ceux de Jean Metsys ou Jan Gossarts. Tout comme ces maniéristes anversois, Delvaux donne le sentiment d’être perdu dans une autre ère et choisit, dès lors, de se réfugier dans son propre monde, habité de ces femmes génériques et de ces codes à répétition ; emprisonné dans un temps cyclique, à l’abri des vicissitudes de l’Histoire, enfermé et protégé dans un cocon.