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Contemporain du groupe surréaliste parisien emmené par André Breton, le groupe « surréaliste » de Bruxelles, qui en refusa longtemps l’étiquette, se manifeste dès 1924 par les tracts de Correspondance rédigés par trois hommes, trois mousquetaires qui furent bientôt quatre, Paul Nougé, Marcel Lecomte et Camille Goemans, rejoints ensuite par le musicien André Souris.

Dès l’abord, s’impose ce qui distinguera le quatuor bruxellois du groupe parisien : refus de l’automatisme, rejet de l’abstraction, attention particulière portée au langage, à son usage, en bref, une volonté de se positionner hors de la littérature et de la peinture, dans une activité secrète, un anonymat jugé propice à la subversion par les mots et les images.

Le « ralliement » de René Magritte en 1926, avant ceux de Louis Scutenaire, de Paul Colinet ou de Marcel Mariën achèvera de conforter l’action d’un groupe dont Magritte sera malgré lui l’arbre masquant une forêt d’une densité dont on prend aujourd’hui peu à peu la mesure, l’activité surréaliste en Belgique n’ayant pas encore révélé toute sa diversité.

Si le groupe parisien prononcera deux ans après la mort d’André Breton en 1966 sa propre dissolution, le groupe de Bruxelles aura témoigné plus de trois quart de siècle d’une activité sans éclipse, se régénérant tout au long par l’arrivée de personnalités nouvelles telles Rachel Baes, Jane Graverol, Raoul Ubac, Armand Simon ou Robert Willems, son certificat de décès n’ayant jamais été établi.

« Exégètes, pour y voir clair rayez le mot surréalisme » écrivait Paul Nougé. À cette recommandation, l’on ne saurait mieux se conformer pour comprendre toute la force et l’originalité du surréalisme en Belgique.

 

Xavier Canonne
Docteur en Histoire de l’Art
Directeur du Musée de la Photographie à Charleroi